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Meknès

Il y avait aussi une tradition : à l’arrivée dans notre village natal, il fallait rendre visite aux morts. Mon père et ma grand-mère sont enterrés à côté, une drôle de coïncidence. Mon père n’était pas du tout marocain. Il était né en Égypte et avait immigré en Suisse pour devenir ingénieur informaticien, alors que le métier en était encore à ses débuts. Il est décédé d’un cancer du cerveau quand j’avais six ans. Sur le moment, je n’avais pas compris ce qui se passait. Ensuite, quand j’ai compris qu’il ne reviendrait pas, je me demandais pourquoi il était enterré là-bas. Parce que c’était l’endroit où il se sentait chez lui : le pays de sa femme, le Maroc. J’ai compris. Il n’était ni suisse ni égyptien. En Égypte, on l’aurait considéré comme Suisse. En Suisse, on l’aurait traité d’étranger. Au Maroc, on le considérait comme Marocain. Lors de son enterrement, les fidèles de la mosquée prièrent tous pour lui.

Les Marocains sont drôles. À mon arrivée à la douane marocaine, lorsque je donnai mon passeport, l’agent commença à me fixer longuement. Premier réflexe un peu idiot : je me recoiffai et souris. Il rigola. Mais je fus le seul de ma file à qui l’on ne demanda rien. Heureusement, je n’aurais pas pu répondre : je parle très mal le darija.

J’aime bien le Maroc. C’est un endroit très vrai, où le superficiel n’a pas sa place. Lorsque je rendis visite à une amie de la famille, Soukaina Boubia, professeur d’histoire-géographie à la Haute École de tourisme de Rabat-Salé, elle m’offrit un livre sur l’histoire du Maroc, encore dans son sac de « la librairie populaire ». C’est un très beau cadeau : offrir le savoir.