← Retour

Tallinn

Ma première impression à Tallinn fut une dame d’une cinquantaine d’années qui me dit que je m’étais trompé de toilettes et que c’était « disgusting ». Ce sont des toilettes mixtes.

Mise à part cet incident, ce qui m’a surpris à Tallinn, c’est la manière dont ce pays est passé d’un pays communiste à un pays européen comme les autres. Certes, il restait des vestiges, mais la comparaison avec la Suisse était tentante. Tallinn est une petite ville, beaucoup moins impressionnante que Stockholm, Paris ou Helsinki, mais elle garde son charme.

Je visitai le musée national des arts estoniens. On me dit que le pays est connu pour son art et que beaucoup de visiteurs viennent de loin pour cette raison. Effectivement, cela ne laisse pas indifférent. Le premier étage présentait les œuvres modernes : de véritables chefs-d’œuvre.

Le troisième étage, averti par un petit panneau de 10 × 5 cm indiquant qu’il contenait des scènes à caractère sexuel, faisait l’apologie du sado-masochisme du point de vue de l’artiste Anna-Stina Treumung. C’était une exposition très surprenante. Des jouets enfantins avaient été transformés en objets de domination. Un mobile de lit pour bébé avait des fouets à la place des décorations habituelles.

Le deuxième étage se concentrait sur l’art à l’époque du communisme. La critique émise par le musée sur cette période était très intéressante :

  1. Tout le monde travaille comme s'il était en vacances, mais les objectifs sont atteints.
  2. Les objectifs sont atteints, mais il n'y a rien à acheter dans les magasins.
  3. Il n'y a rien à acheter dans les magasins, mais les gens ont quand même un peu de nourriture dans leur réfrigérateur.
  4. Il y a un peu de nourriture dans les réfrigérateurs, mais tout le monde est mécontent.
  5. Tout le monde est mécontent, mais personne ne proteste.
  6. Personne ne proteste, mais les prisons sont pleines.

Cela résume bien le communisme et explique pourquoi ce système n’a pas fonctionné. L’approche critique et sociale a été déclenchée par les profondes inégalités ressenties dans la société des années 1990, ainsi que par la liberté d’expression rétablie après l’indépendance du pays. L’artiste est ainsi devenu celui qui étudie son environnement dans une volonté de provoquer.